top of page

Comment les chevaux vivent le deuil : signaux, comportements et besoins essentiels

  • Photo du rédacteur: Admin Odela
    Admin Odela
  • il y a 3 jours
  • 5 min de lecture

Comment les chevaux vivent le deuil : signaux, comportements et besoins essentiels

Le deuil chez les chevaux est un territoire dont on parle peu.

Souvent parce qu’on croit, encore aujourd’hui, que les animaux ressentent différemment, moins intensément, moins profondément que nous. Pourtant, toutes les personnes qui vivent auprès d’eux, au quotidien, savent une vérité simple et pourtant bouleversante : un cheval ressent la perte. Il la perçoit dans son corps, dans son souffle, dans sa façon de se tenir, dans son énergie. Et il la traverse à sa manière, avec une dignité que beaucoup d’humains ont oublié.


Quand un cheval perd un compagnon, ce n’est pas seulement un individu qui disparaît. C’est un lien, une présence, un repère, parfois une sécurité, parfois une habitude, parfois une amitié silencieuse. Les chevaux vivent dans un monde où chaque relation compte, où chaque membre du troupeau a une place précise, un rôle, une couleur énergétique. La perte de l’un d’eux crée un mouvement, un vide, une onde qui traverse tout le groupe.

On parle parfois du deuil comme d’un effondrement.


Chez eux, ce n’est pas ça.Chez les chevaux, le deuil est un glissement. Un passage. Une lente descente dans un espace intérieur où ils vont chercher de nouveaux appuis, de nouvelles formes de stabilité.


Quand un cheval découvre que l’autre n’est plus là, il commence à chercher. Il appelera parfois, comme si sa voix pouvait franchir les frontières que la mort impose. Il peut marcher longuement le long des clôtures, renifler les endroits où l’autre dormait, repasser encore et encore sur les traces d’hier. Ce n’est pas une recherche désespérée. C’est une manière de signifier : “Je sens que quelque chose manque, mais mon esprit n’a pas encore compris l’ampleur de cette absence.”


Il arrive qu’un cheval reste longtemps immobile, tête basse, oreilles peu mobiles, regard plus doux, plus lointain. Certains propriétaires s’inquiètent devant cette immobilité. Pourtant, elle est normale. Elle est un temps de pause. Le cheval entre littéralement dans son corps, dans ses sensations, dans ce que cette absence vient réveiller en lui.

Il existe aussi des chevaux qui réagissent différemment.


Certains deviennent plus vigilants : oreilles aux aguets, tête haute, souffle plus rapide. C’est souvent le cas lorsqu’ils perdaient un membre du troupeau qui jouait un rôle de sécurité. L’un n’est plus là pour veiller ; alors un autre prend sa place, parfois malgré lui. Il porte la tension du groupe sans même le vouloir. C’est sa manière d’être loyal au troupeau.


D’autres au contraire deviennent collants, cherchant davantage le contact humain ou celui des autres chevaux. Ils suivent, se rapprochent, se mettent au centre du groupe. Comme si leur manière de faire face était de ne plus rester seuls.


Et puis il y a ceux dont le corps parle avant le reste : appétit qui diminue, souffle plus court, sommeil perturbé, muscles qui se tendent, dos qui se fige légèrement, regard plus terne. Le deuil traverse tout l’être. Il passe par les émotions, mais aussi par les fibres, par la respiration, par la posture. Le corps porte ce que l’esprit n’arrive pas encore à comprendre.


Dans ces moments-là, une question revient souvent : faut-il laisser le cheval voir le corps de son compagnon ? Faut-il lui permettre de s’approcher, de renifler, de comprendre ?

La réponse, la plupart du temps, est oui.


Les chevaux vivent dans un rapport direct au réel. Ils ont besoin de comprendre avec leur corps. Le fait de sentir la mort, de percevoir l’arrêt complet du mouvement, de sentir l’absence dans la présence, leur permet d’intégrer ce qui s’est passé. C’est un moment souvent très court, parfois très long, toujours chargé.


Certains chevaux posent leur nez sur le corps.

D’autres soufflent fort, comme pour expulser quelque chose.

D’autres se figent.

Certains restent seulement quelques secondes.

D’autres reviennent plusieurs fois, lentement, comme s’ils avaient besoin de vérifier.

Ce geste, que certains trouvent étrange, est un acte essentiel. C’est leur manière de faire face à la vérité.


Dans les jours qui suivent, le cheval va entrer dans une forme d’adaptation, une réorganisation intérieure. Le troupeau lui aussi se réorganise. Les rôles changent. Ce qui tenait hier ne tient plus. Ce qui devait être stable n’a plus la même intensité. C’est une période où chaque cheval se repositionne.


Ce moment peut être fragile. Il peut être doux. Il peut être déroutant. Il peut même, parfois, être beau.


Parce que dans le silence du deuil, les chevaux révèlent une dignité que nous avons parfois oubliée. Ils ne luttent pas contre l’inévitable. Ils ne résistent pas à l’émotion. Ils ne se coupent pas du groupe. Ils vivent. Entièrement. Avec vérité.


Alors comment pouvons-nous les accompagner ?


Pas en “faisant”.

Pas en remplissant.

Pas en distrayant.

Pas en imposant du changement trop vite.


L’accompagnement d’un cheval en deuil se fait dans la présence.

Dans la lenteur.

Dans la stabilité.


Ce dont il a besoin, c’est de repères.

De continuité.

De sécurité.

De routine.


Il n’a pas besoin de mots.

Il n’a pas besoin d’être rassuré.

Il n’a pas besoin que l’on masque l’émotion derrière une hyperactivité.


Ce qu’il demande est plus simple : que le monde autour de lui reste stable pendant qu’il ajuste le sien.


Ton calme l’apaise.

Ta respiration l’aide.

Ta présence le soutient.

Tu n’as rien à résoudre pour lui.

Tu dois juste être là.


Assis dans l’herbe.

Debout à distance.

Proche mais pas envahissant.

Un cheval en deuil a besoin de sentir que les vivants autour de lui tiennent.

C’est comme cela qu’il peut se déposer.


La beauté du processus, c’est que les chevaux ne restent jamais figés dans cette émotion. Ils la vivent. Ils la traversent. Ils s’ajustent. Et progressivement, un jour, ils recommencent à jouer, à courir, à se rouler. Leur regard s’ouvre. Leur souffle change. Leur posture s’allège.


Le deuil n’est pas un effondrement chez eux.


C’est un passage.

Et c’est sans doute ce qu’ils ont de plus précieux à nous enseigner : la manière de vivre une perte sans s’abîmer, sans s’accrocher, sans fuir. Ils nous montrent ce qu’est une émotion traversée, pas une émotion évitée. Ils incarnent un rapport au vivant qui nous rappelle que toute fin porte aussi un début.


Quand un cheval vit un deuil, il nous rappelle quelque chose de fondamental : que les liens comptent, que les relations marquent, que la présence laisse une trace, et que la vie continue malgré tout, avec douceur et intelligence.


Accompagner un cheval dans cette période, c’est apprendre aussi à accompagner les deuils de nos propres vies. C’est accepter de ralentir, de respirer, de se relier. C’est reconnaître que la perte ne se guérit pas dans l’oubli, mais dans le mouvement.

Un cheval en deuil est un maître silencieux.


Il montre l’essentiel : comment aimer, comment perdre, comment lâcher, et comment revenir.

Et peut-être que ce qui touche le plus, dans tout cela, c’est que les chevaux n’ont jamais peur de ressentir.

Ils ont peur de l’isolement, du danger, du bruit… Mais ils n’ont jamais peur de l’émotion.


C’est sûrement pour cette raison qu’ils sont aussi doués pour voir les nôtres.

Et que, lorsqu’ils traversent un deuil, c’est tout leur être qui parle.

Le corps, le souffle, le regard, la présence.

Rien n’est dissimulé.

Rien n’est honteux.

Rien n’est trop.

Ils vivent, tout simplement.

Et ils nous invitent à faire de même.

 
 
 
bottom of page