La maltraitance dans le monde équin : ce que personne ne veut voir, et ce que les chevaux nous montrent
- Admin Odela

- 17 nov.
- 4 min de lecture

Il y a dans le monde du cheval une souffrance silencieuse, un murmure étouffé que beaucoup perçoivent sans oser le nommer. Une violence qui ne prend pas toujours la forme d’un coup, d’une blessure, d’un cri.
La maltraitance équine est souvent invisible.
Elle se glisse dans les gestes habituels, les traditions perpétuées, les routines jamais remises en question.
On pense que la maltraitance, c’est l’extrême.
Un cheval battu.
Un cheval laissé sans soin.
Un cheval abandonné.
Bien sûr, cela existe encore trop souvent.
Mais la réalité est bien plus complexe. La vraie maltraitance est parfois douce en apparence.
Elle a l’air normale.
Acceptée.
Légitime.
Et pourtant, elle blesse le cheval tout autant.
Cet article n’est pas là pour accuser, mais pour éclairer.
Pour regarder droit dans ce que nous ne voulons pas voir.
Pour offrir une autre manière d’être en relation avec eux.
C’est aussi pour cela que j’ai créé Vision Sauvage : pour montrer qu’une autre voie existe une voie lente, douce, vivante, qui respecte l’âme et le système nerveux du cheval.
La maltraitance commence bien avant le geste : elle commence dans l’intention
Beaucoup pensent que la maltraitance, c’est simplement “la violence”.
Mais dans le monde du vivant, la maltraitance commence dès qu’on force un corps qui n’est pas prêt.
Quand on impose.
Quand on brusque.
Quand on ne regarde pas.
Quand on exige parce que “c’est comme ça”.
Quand on fait taire le message.
Quand on refuse de ralentir.
Le cheval ne souffre pas d’abord dans son corps.
Il souffre dans sa cohérence.
Il souffre quand on ne respecte pas son rythme.
Quand on ne voit pas sa peur.
Quand on ne laisse pas son système nerveux se réguler.
Quand on transforme l'animal vivant en machine docile.
La maltraitance moderne est souvent silencieuse.
Elle réside dans le fait de ne pas écouter.
La plupart des violences équines sont normalisées
Ce qui rend la maltraitance équine si difficile à identifier, c’est qu’elle est enjolivée par des mots comme :
“éducation”, “autorité”, “technique”, “correction”, “désensibilisation”, “mise en main”, “respect”,“ cadre”.
Beaucoup de pratiques toxiques sont considérées comme “normales” :
La désensibilisation forcée
On secoue un sac, on tape dans les mains, on agite une bâche… jusqu’à ce que le cheval “n’ait plus peur”.
Mais un cheval qui ne réagit plus n’est pas un cheval serein.
C’est un cheval dissocié.
Les pressions qui augmentent jusqu’à ce que le cheval cède
Méthode très répandue : on met de la pression… on augmente… on augmente encore… jusqu’à ce que le cheval “réponde”.
Ce n’est pas de l’apprentissage.
C’est de la mise en soumission.
Les enrênements qui enferment le corps
On force une posture.
On bloque un mouvement.
On abaisse une tête qui ne veut pas se poser.
Le cheval n’apprend pas à se détendre.
Il apprend à obéir malgré la douleur.
Les cavaliers qui montent sur un cheval qui a peur
On dit “il va s’habituer”.
Mais un cheval ne s’habitue pas.
Il cède.
Il se tait.
Il abandonne son instinct.
Les séparations violentes
Un cheval qui panique quand on l’éloigne du troupeau n’est pas capricieux.
Il vit une déchirure biologique.
Et pourtant, on le tire, on le gronde, on le corrige.
Le cheval traumatisé : la victime silencieuse d’une violence invisible
Il existe un profil de cheval que l’on croise partout :le cheval “sage”, “calme”, “qui ne bronche pas”, “qui accepte tout”.
Mais ce calme-là… est parfois une forme de survie.
Un cheval peut sembler : immobile, docile, coopératif, irréprochable… Tout en étant profondément blessé.
Ce cheval-là ne se soumet pas.
Il se déconnecte.
Il quitte son corps pour survivre.
Ses yeux deviennent vides.
Sa respiration se coupe.
Sa volonté disparaît.
Ce n’est pas du respect.
C’est de la dissociation.
La maltraitance moderne fabrique énormément de chevaux dissociés.
Des chevaux qui ont appris à se taire pour vivre.
La vraie violence : couper un cheval de son instinct
Un cheval existe à travers son système nerveux.
Il est fait pour ressentir.
Pour percevoir.
Pour réagir.
Quand on le force à ne plus réagir, on le coupe de son essence même.
C’est une forme de violence profonde, même si elle semble douce.
Le pire traumatisme pour un cheval, ce n’est pas toujours le geste brutal.
C’est de perdre le droit d’exister pleinement.
La voie douce : ce qui apaise réellement un cheval
La bonne nouvelle, c’est qu’on peut réparer.
On peut réhabiliter.
On peut rendre au cheval son espace intérieur, son souffle, sa dignité, sa sensibilité.
Et cela ne demande pas de technique.
Cela demande de la conscience.
L’écoute avant l’action
Regarder ce que le cheval ressent plutôt que ce qu’on veut qu’il fasse.
La lenteur avant le changement
Rien ne s’apaise en allant vite.
Le calme comme premier outil
Le système nerveux du cheval s’accorde au nôtre. C’est une loi du vivant.
L’espace comme médecine
Un cheval se régule mieux quand il peut bouger, reculer, choisir.
La vérité avant la performance
La relation vivante n’est pas un exercice. C’est un état.
Vision Sauvage : réapprendre le langage du vivant
Dans mes séances à Marseille, je vois chaque semaine des chevaux blessés : peur, agitation, hyper vigilance, dissociation, panique, fuite, agressivité.
Et je vois aussi quelque chose de magnifique : leur capacité à guérir dès qu’on leur offre un espace vrai, un humain calme, une respiration lente, un rythme cohérent, un regard qui n’exige rien.
Je ne dresse pas. Je n’impose pas. Je n’éteins rien.
Je fais exactement l’inverse : je redonne la parole au cheval.
Le cheval traumatisé redevient vivant.
Le cheval stressé se stabilise.
Le cheval dissocié revient dans son corps.
Le cheval agressif redevient doux.
Parce que la sagesse du cheval est immense.
Il n’a jamais oublié comment guérir.
Il attend seulement qu’un humain ralentisse assez pour le rejoindre.
La maltraitance cesse quand l’humain change, pas quand le cheval obéit
La violence envers les chevaux disparaît non pas grâce aux règles, mais grâce à une conscience nouvelle.
Le cheval ne demande rien d’autre que cela : qu’on le regarde, qu’on le sente, qu’on respecte son rythme, qu’on lui laisse le droit d’être un être sensible, et non pas une machine.
La maltraitance n’est pas un acte ponctuel.
C’est une manière de regarder le cheval.
Et la guérison n’est pas un exercice.
C’est une manière d’être avec lui.
Quand l’humain se transforme, la relation se transforme, et le cheval revient.
Pas par soumission.
Par choix.
Par sécurité.
Par vérité.




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